Les salariés d’E2V dénoncent « un véritable gâchis »
Par fred • 21 nov, 2009, à 01:10:43 • Catégorie: Edito
Plus de trois cents salariés d’E2V Semiconductors ont manifesté jeudi matin dans les rues de Saint-Egrève, de leur entreprise à la mairie, bloquant partiellement le trafic sur la RD1075. Ils entendaient ainsi protester contre la volonté de leur direction de supprimer 221 emplois, soit près de la moitié des effectifs du site.
 Arborant fièrement chasubles et banderoles, les salariés d’E2V se regroupent devant leur entreprise, rue de Rochepleine. A l’appel de l’intersyndicale CFE-CGC/CFDT, ils participeront dans quelques minutes à une manifestation dans les rues de Saint-Egrève, afin de protester contre la volonté des dirigeants du groupe de supprimer près de la moitié des effectifs de leur site. Si la situation est grave, l’ambiance reste étonnamment bonne et la discipline réelle. Quelques coups de cornes de brume, des sifflets : le cortège des gilets jaunes et oranges se met en branle, direction l’avenue de Karben et le rond-point de l’Europe. « E2V sacrifiée, actionnaires satisfaits » scandent les manifestants, trois cent vingt selon la police, autant selon les syndicats… Certains tiennent des pancartes ou des banderoles aux formules choc : »Encore 221 Virés », »Soldes chez E2V : 50% des effectifs avant liquidation totale », »Â On va pas crEEVer sans rien dire ».
Â
Sit-in sur la RD 1075
« Ouhouh, y’a quelqu’un ? » hurle un meneur au passage du boulevard de Jomardière. Son cri ironique n’obtient aucune réponse : le lieu est bel et bien désert. Des tracts sont distribués aux rares voitures qui passent. Le cortège emprunte la rue Casimir Brenier, puis rejoint l’avenue du Général de Gaulle, qu’il remonte au ralenti. Quelques bus et voitures se retrouvent bloqués derrière les marcheurs. Mais dans l’ensemble, la manifestation n’a l’air ni de gêner ni d’alerter grand monde. Heureusement pour les grévistes, les médias locaux ont fait le déplacement.
En toute fin du parcours, arrivés en face de la mairie, les manifestions s’assoient une dizaine de minutes sur l’ex-RN75. Madame Kamowski, le maire, vient à leur rencontre, puis s’assoit au milieu d’eux. Image forte, symbolique d’un maire qui souhaite préserver l’emploi sur sa commune. Pierre Ribaud, conseiller général, n’est pas loin non plus.
Élus et grévistes se dirigent ensemble vers l’Hôtel-de-Ville. Les membres du comité d’entreprise sont reçus par le premier magistrat. Pendant ce temps, dehors, les salariés font sagement la queue pour recevoir les cafés et brioches offerts par la commune.
Lundi prochain, ils poursuivront le mouvement, en allant manifester devant la préfecture, à l’occasion d’une rencontre entre les services de la préfecture, François Brottes (député), Catherine Kamowski, l’Inspection du travail et la direction d’E2V.
Â
Â
(suite du texte en dessous des photos )
Derrière l’humour, la peur du lendemain
Qu’est-ce qui se cache derrière les éclats de rire, les traits d’humour et les slogans mordants vus ou entendus au cours de la manifestation? La peur. Peur de perdre son emploi dans une période que l’on sait peu propice ; peur de voir ses collègues de travail quitter l’entreprise ; peur de voir le site fermer. Cette peur n’annihile pas la colère, devant ce que les grévistes considèrent unanimement comme un immense gâchis. « Avant, nous étions dirigés par des techniciens qui connaissaient parfaitement le secteur. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. On nous impose désormais un objectif de rentabilité de 15%, inatteignable pour une entreprise industrielle, même dans les périodes fastes » soulignent Céline et Nadine, respectivement 20 et 30 ans d’ancienneté sur le site. Les deux femmes rappellent volontiers que le groupe anglais E2V n’avait « pas un euro en poche » lorsqu’il a racheté l’entreprise à Atmel en 2006.
Un responsable de production, qui préfère garder l’anonymat, va plus loin. Pour lui, « il n’y a plus aucune stratégie industrielle, l’aspect financier a pris le dessus depuis le rachat. Les mêmes qui sont responsables de la perte de vitesse de l’entreprise agissent aujourd’hui dans la panique et jette tout par-dessus bord, dans l’urgence. (…) La direction affiche un objectif impératif de revenir à une marge opérationnelle de 15% tout en annonçant une diminution par deux de l’effectif. C’est soit du machiavélisme, soit de l’incompétence » poursuit-il, dénonçant « un vrai gâchis d’un outil industriel qui marche. »
Comme ils l’expriment sur le site internet qu’ils ont monté en urgence, la plus grande crainte de ces salariés, c’est que le « recentrage autour de quelques activités à chiffres d’affaires réduits et sans croissance » ne soit qu’une étape avant la fermeture. Ils redoutent ainsi « que la véritable tactique non avouée du groupe E2V soit d’utiliser le business résiduel sur les 18 mois qui viennent pour assécher sa dette gigantesque, puis de se retirer sur ses sites des USA et d’Angleterre » Et donc de fermer le site de Saint-Egrève dans deux ans.
Pour en savoir plus :
- article de Vincent Paulus du Dauphiné Libéré sur la manifestation.
- leblog des salariés grévistes
- le site web d’E2V Semiconductors (en anglais)
- le papier de Dominique daté du 17 novembre









22 novembre 2009 à 21:48
Vous pouvez aussi retrouver des infos sur le blog de Pierre Ribeaud
Conseiller Général du canton de St Egreve
Fr Tarricone
28 novembre 2009 à 12:37
Votre article décrit bien le cheminement de notre manifestation dans les rues de Saint-Egrève.C’est vrai que c’était plutôt bon enfant et joyeux malgré la gravité de la situation.
Se faire connaitre était notre but.
Bravo pour votre article qui nous a fait plaisir.
Puis-je ajouter votre Blog comme lien sur le mien?
Un habitant de Saint-Egrève.
Cordialement.
Marco.
28 novembre 2009 à 13:07
Bonjour
merci pour vos compliments.
Vous pouvez bien sur mettre sur votre blog un lien vers le notre.
Amicalement.
20 février 2010 à 7:19
Trouver un emploi sera difficile après pour les gens qui ont des dettes.