L’ancienne ferme école de Saint-Egrève
Par Sylviane • 27 juin, 2009, à 01:00:18 • Catégorie: Histoire
A l’heure où l’ancienne ferme de l’Hôpital a complètement disparu et que son terrain va faire place à une nouvelle zone industrielle ou commerciale appelée «Vence Ecoparc », il m’a semblé intéressant de publier quelques recherches faites aux archives de la mairie de Saint-Egrève.
J’avais eu la chance de pouvoir participer à une visite des anciens bâtiments de la ferme de l’hôpital avant sa démolition, organisée par notre association et guidée par une personne qui y avait vécu. Si des témoignages supplémentaires pouvaient être apportés à cet article, ce serait enrichissant pour chacun d’entre nous, curieux du passé de Saint-Egrève.
De la ferme-école à la ferme de l’Hôpital :
La ferme dite « de l’hôpital » a d’abord été une ferme école qui a ensuite été rachetée par l’Hôpital, parce que cette expérience agricole n’a pas fonctionné. En effet, en 1872, sur les traces du Docteur EVRAT qui fit beaucoup pour la rénovation de l’Asile, l’administration fit l’acquisition de l’ancienne ferme-école de Saint-Egrève. Cet achat doubla le domaine cultivable de l’établissement et cette ferme fut aménagée en 1873 pour 80 aliénés.
Sur les 530 malades de cette époque, les uns seront alors occupés aux champs « où ils trouvent avec le grand air, l’illusion de la liberté » pendant que les autres travailleront aux ateliers ou aideront à l’exécution des travaux de propreté. « Les malades sont autant que possible, lorsqu’ils y consentent occupés aux travaux divers de l’établissement. ». Ce travail, outre sa vertu thérapeutique apporta à l’Asile des revenus notables. Il servait de moyen de distraction et de traitement.
A propose de la vertu thérapeutique du travail, le Docteur Evrat a écrit : « les terres qui conviennent le mieux au travail des aliénés sont les terres de mauvaise qualité parce qu’elles coûtent peu, parce qu’elles exigent un labeur plus pénible et d’une durée plus longue, et parce que, grâce au travail d’hommes dangereux, et autrefois, inutiles, elles sont appelées à prendre par la suite beaucoup plus de valeur ».
A quoi servait une ferme-école ?
« Face à la pression démographique, l’essor du machinisme et la découverte de nouvelles techniques liées aux progrès de la «Révolution Industrielle», les gouvernements qui se sont succédés de la Monarchie de Juillet au Second Empire apporteront leurs lots de réformes.
L’une d’elle institua notamment la création dans chaque département d’une ferme école sous la responsabilité du ministre de l’agriculture afin que «les jeunes cultivateurs bénéficient des progrès techniques de l’ère nouvelle qui s’ouvre à eux»: emploi d’engrais, rationalisation des cultures et des exploitations, utilisation de matériel moderne… »
Cette expérience destinée à éduquer les futurs agriculteurs fut menée un peu partout en France. Il semblerait que ce soit les nombreuses inondations de l’Isère qui mirent fin à cette initiative, du moins à Saint-Egrève, car certaines existent encore dans certains départements, sous forme de lycées agricoles.
Extrait tiré de Wikipédia :
Le décret du 3 octobre 1848
En 1848, 27 fermes-écoles accueille environ 360 élèves et les instituts en activité 80. C’est peu. Ce décret reprend les principaux éléments des projets de 1846-1847, auquel le ministre de l’agriculture et du Commerce Tourret avait participé en tant que membre du Conseil Général de l’agriculture : Il met en place:
-des fermes écoles départementales. Elle est établie sur une terre privé dont le directeur est le propriétaire ou le fermier. Les frais d’enseignement sont pris en charge par l’Etat, qui nomme également le directeur. Une commission sera chargée de contrôler, les admissions et les examens.
-des écoles régionales. Ici l’enseignement sera payant, mais des bourses seront réservées aux meilleurs élèves des fermes-écoles.
Qui avait créé la ferme-école de Saint-Egrève ?
Un certain Eugène BERTHOIN était le Directeur de la Ferme école en 1850. On peut trouver sur les matrices cadastrales des archives communales les différentes augmentations et diminutions (foncières) qu’a subi la ferme école. Ainsi on pourra se rendre compte de toutes les transformations que Monsieur BERTHOIN a réalisées pendant la période où il était le propriétaire. Il devait recevoir des fonds de la part du gouvernement français, à l’origine de l’expérience.
La parcelle de la ferme-école portait le n° B 333 et comprenait une maison, ainsi qu’un petit atelier, une bascule, un séchoir, une machine à vapeur, un entrepôt, un générateur de cheminée, un taillage mécanique.
En 1868, le Directeur déclara des constructions nouvelles. Outre sa maison, son petit atelier, son entrepôt, son générateur de cheminée, il devint imposable sur un deuxième entrepôt, deux autres maisons ainsi qu’une maisonnette.
En 1873, sur les matrices cadastrales, on peut lire et vérifier que cette parcelle a bien été cédée à l’Asile. Quant aux inondations qui ont poussé Berthoin à vendre sa propriété, je l’ai entendu dire et cela reste à vérifier dans les archives.
Bibliographie :
Esquisse historique de René Malavergne : du prieuré de St-Robert à l’hôpital psychiatrique départemental de Saint-Robert.
Archives de la commune : matrices cadastrales.
Témoignages de Monsieur Mazard et Madame Lengelé.
Une série de photos prises par Pierre Rota de cette ferme-école avant et après sa démolition sont consultables ici.








27 juin 2009 à 13:03
Merci c’est très intéressant : on voit dans cet article l’évolution de la société qui passe de l’agriculture à l’industrie et au commerce. On voit aussi quelles étaient alors les « thérapies » utilisées pour « soigner » les malades mentaux.
27 juin 2009 à 19:40
Puisque tu m’en donnes l’autorisation, Colette, je publie ton commentaire car il peut donner envie à d’autres anciens saint-égrèvois ou même des plus récents, de raconter quelques anecdotes concernant la ferme de l’hôpital. Réalité ou non, ce sont des faits vécus et ressentis ». Je te remercie de ta contribution.
« Merci pour ton article qui, une fois de plus, m’a rappelé des souvenirs
enfouis dans ma mémoire, les voici tels qu’ils m’étaient racontés, mais
correspondaient-ils exactement à la réalité ?…. Amitiés. Colette
Les produits de cette ferme, obtenus grâce au travail des malades,
servaient à leur alimentation. Peu après 1900, mon père, issu d’une
famille paysanne de Haute-Loire, est venu, tout jeune, travailler Ã
Grenoble. Son parrain, Bruno H., alors intendant de l’asile de
Saint Egrève, lui avait trouvé un emploi en ville et il était souvent
invité à déjeuner, le dimanche, à l’asile, par son parrain.
Mon père n’était pas très rassuré car ils étaient servis à table par des
malades. D ‘après lui, la nourriture des malades et du personnel était
essentiellement constituée des produits de la ferme. Des malades
travaillaient aussi à la cuisine.
Voilà comment un auvergnat devient grenoblois et y fait souche. »
Je rajoute juste quelques mots quant aux photos publiées, certaines représentent les anciens bâtiments de la ferme, d’autres, l’ancienne « cité de l’hôpital ».
29 juin 2009 à 9:28
Cet article présente plusieurs pôles d’intérête, tous aussi passionnants les uns que les autres.
Soulignons au passage les idées du docteur Evrat, à l’époque novatrices.
Il est le premier à pressentir la possibilité d’une éventuelle réinsertion sociale et professionnelle par le travail… Et pour ceux qui sont volontaires…
Cet aspect était négligé jusque la.
Merci Sylviane pour ce billet.
4 mai 2010 à 0:15
Bonjour !
Qui peut me préciser
1- en quelle année a été construit « l’ancien hôpital psychiatrique » (rasé en février 2009),
2- en quelle année il a été abandonné au profit de l’H.P. actuel de St-Egrève, (à moins que l’ancien et le nouveau aient cohabité pendant un moment ?)
Â
3-Par ailleurs, sur les terres de l’ancien hôpital, il y avait grosso modo 3 pôles : à droite l’ancien hôpital psychiatrique à l’allure de château, avec son long balcon en façade au 1er étage,
au centre, la ferme de l’hôpital, ses habitations et ses écuries,
à gauche un long bâtiment en « L » (rasé en février-mars 2009) : son architecture semblait vraiment différente de celle de l’hôpital, et ressemblait à l’intérieur à un bâtiment de type colonie de vacances !
Ce bâtiment en « L » a-t-il été construit en effet beaucoup plus tard ? Vers quelle année et pour quelles raisons ? Pour pallier le nombre insuffisant de pièces du bâtiment initial ?
Peut-être des habitants de St-Egrève qui ont connu cette époque ont des informations à partager ici sur ces points ?
D’avance, merci à tous !