Jean-Pierre Barnave à Saint-Egrève
Par Sylviane • 13 sept, 2008, à 00:00:30 • Catégorie: HistoireNous avions laissé samedi 30 août dernier le père de Barnave juste avant son mariage. Il était installé, je le rappelle, dans une vieille maison, aujourd’hui démolie, qui se trouvait rue de l’ancienne Pérollerie, appelée, depuis, rue Barnave, à Grenoble. Cette maison ne devint jamais la sienne, mais il acheta, à une lieue de Grenoble, dans le village de Saint-Robert, à Saint-Egrève, une belle et vaste maison de maître dont dépendait une métairie.
Elle s’étendait de l’Isère jusqu’aux premiers contreforts de la Chartreuse. Cette maison dans laquelle il s’installa pour y passer les dimanches et quelques jours de repos n’était pas n’importe quelle maison. Elle était bâtie sur deux étages avec un parc qui longeait la route royale de Grenoble à Lyon. « On y pénètre par une porte en plein cintre à double battant s’ouvrant sur un perron, dominé par un balcon galbé orné d’une délicieuse grille en fer forgé de style Régence. Un fronton mouluré, percé d’un œil-de-bœuf entouré de feuillages sculptés dans la pierre blanche de l’Echaillon, donne à cette demeure un air de gentilhommière ». En effet, cette gentilhommière, outre la grande entrée dans le parc, est flanquée, d’un côté par la maison d’un gardien et de l’autre côté, par des écuries et des remises pour les attelages. Enfin au-delà du parc, il y a des terres pour la culture et encore plus loin, y est située une maison fermière avec ses granges et ses hangars.
Cette ferme était donnée à bail à un métayer. Sur un contrat passé le 28 décembre 1778 pour huit années, on y apprend qu’on y faisait surtout du chanvre, mais qu’on y cultivait également vigne, blé, froment, seigle, orge, avoine, fèves, pois, lentilles, favioles, haricots, blé noir. Le cheptel comptait 6 bœufs, 3 vaches et 3 veaux, sans compter les cochons. On y élevait de la volaille, des dindonneaux et des chapons. Des plantations de mûriers permettaient l’entretien des vers à soie. L’acte précisait les noms de certaines parcelles données à bail : « Aux frères d’en haut », « Castonnière », « Bonney », « La Trémalière », « La Bouvat », « Pré Picot », « la Jomardière ». La propriété comportait également quelques îles dans l’Isère, îles qui quelquefois étaient complètement emportées par les eaux.
Il est intéressant de noter que certains de ces lieux-dits ont encore cours de nos jours sous forme de nom de rue ou bien de quartiers : Les Bonnais, boulevard de la Jomardière, rue de la Trémouillère, rue Bouvet (avec quelques déformations)… Sur le cadastre de la commune en 1805, on trouvait encore ces noms à leur emplacement d’origine.
Jean-Pierre Barnave a pu donc augmenter ses revenus grâce au rapport de sa ferme donnée en métayage. Mais cette maison de maître lui sembla-t-elle trop grande pour un célibataire ? Car c’est vraisemblablement peu de temps après cette acquisition, qu’il décida de se marier. Il songea sans doute qu’une épouse et une famille permettraient de rendre très agréables ses séjours à la campagne. Il avait alors environ 47 ans.
Un de ses clients et ami, conseiller au Parlement de Grenoble mit toute son obstination pour découvrir la jeune fille idéale. Il pensa assez rapidement à la fille aînée d’une de ses amies, Madame Marie-Anne de Pré de Seigle de Presle, qui veuve, vivait avec ses 5 enfants dans une gentilhommière près de Buis-les-Baronnies, http://www.buislesbaronnies.com à Fontbonne exactement.
La jeune fille s’appelait Marie-Louise, avait 24 ans et était d’origine noble. Sa mère, après son veuvage, avait subi quelques revers de fortune. Aussi fut-elle très intéressée par ce projet, car Maître Barnave avait une situation bien assise et une réputation plutôt flatteuse. Du fait de l’état de ses finances, Madame de Presle voyait sans déplaisir sa fille aînée se placer par mariage. Mais sa propre famille s’opposa à cette union car l’état de procureur était un obstacle pour eux. Les parents ne voulurent donner leur accord que si Barnave se procurait une charge d’avocat. Un second obstacle était celui de la religion réformée du prétendant. Bientôt, il s’avéra que Maître Barnave, du fait de son âge et de sa religion, était d’un placement difficile, après bien d’autres démarches entreprises par Mme de Presles et son ami.
Retour à la case départ, mais comme Barnave se procura une charge d’avocat, la famille de Mme de Presle retira son véto. Le mariage fut alors décidé pour le mois de septembre après la fin des séances parlementaires.
Cette union fut célébrée le 9 septembre 1960 et les jeunes époux vinrent passer leur lune de miel dans la propriété de Saint-Egrève. Dès la fin de 1760, la jeune Madame Barnave attendait un heureux évènement et le 21 septembre 1761, naissait Antoine-Pierre-Joseph-Marie.
Plus tard, le 14 juillet 1764, naquit Marie-Françoise Adelaïde, qui se maria en l’an X avec Honoré Dumolard. Puis le 26 septembre 1766, ce fut la naissance de Claudine-Charlotte-Julie qui se maria en l’an IV avec Christophe-Etienne de Saint-Germain, sous-inspecteur des forêts.
On sait que dans ses derniers écrits, Antoine Barnave, avant de mourir, recommanda à sa sœur Julie de prendre le plus grand soin de la maison de Saint-Egrève. Ce qui nous montre combien il aimait cette propriété familiale où, on peut s’en douter, il passa une enfance et une jeunesse certainement très heureuses.
Bibliographie : « Barnave et la pré-révolution » de René Fontvieille
Archives de Saint-Egrève : Cadastre de 1820








13 septembre 2008 à 9:44
Récit trés complet qui nous éclaire sur la vie de Monsieur Jean pierre Barnave .Merçi et bonne journée
13 septembre 2008 à 18:03
Lianne, vous semblez très intéressée par le passé de Saint-Egrève. Y a-t-il une période précise de son histoire qui vous ferait plaisir plus particulièrement ou un lieu de la commune que vous auriez envie de me voir aborder ? Merci pour votre intérêt. Sylviane
14 septembre 2008 à 11:22
Je m’interresse à Saint-Egreve car mes enfants ‘(ma fille et mon gendre ) y habitent et je trouve cette petite ville interressante Bonne journée Un petit indice mon gendre s’appelle Dominique
16 septembre 2008 à 13:43
excellent article, on ne peut plus informatif.
merci beaucoup
17 septembre 2008 à 13:30
Bonjour prénom, Merci pour vos encouragements et votre intérêt. Bien entendu, j’ai résumé une partie de l’excellent livre de René Fontvieille concernant la vie de Barnave. Si je me suis plus particulièrement intéressée au père de Barnave, c’est parce que c’est lui le premier propriétaire de la maison qui porte le nom de sa famille, devenu patrimoine de Saint-Egrève comme bibliothèqune municipale. J’avais entendu parler que l’équipe des bibliothécaires ferait une exposition sur le révolutionnaire. C’est pourquoi, j’ai préféré sortir Jean-Pierre de l’ombre (de son fils !!). N’étant pas noble d’origine, on aurait pu ne pas retenir son nom, car la maison fut longtemps appelée Maison Neyret, du nom du gendre de Casimir Brenier, qui l’habita et fonda entre autres la fameuse entreprise Neyrpic avec un associé. A bientôt, pour d’autres sujets.